Europe

Lundi 19 juillet 2011

Le sauvetage de la Grèce : un impératif pour l'Europe. 

Certains pensent que la situation financière grecque ne regarde que la Grèce. D’autres voient même une question morale dans le risque de défaut de paiement du pays, sanctionnant des années de mauvaise gestion publique. Ils se trompent lourdement.

 


D’abord, nous n’en serions pas là si l’Europe avait pris les décisions qui s’imposaient après l’avertissement sévère de la crise financière de 2008. Mais daucune leçon n’en a été véritablement tirée pour éviter de nouvelles crises. Il est impératif d’accroître la régulation des produits hautement spéculatifs, de séparer les activités de dépôt et d’investissement, de revoir les normes comptables pour prendre en compte tous les risques, de créer une agence de notation publique sous l’égide de l’Eurogroupe, mais aussi et surtout une stratégie de croissance et d’emploi.

 

Aucun Européen ne peut accepter que nos amis grecs subissent ce que les Argentins ont vécu, dix ans durant, après la faillite de leur pays fin 2001.  une situation similaire au sein de la zone euro signerait le terrible naufrage de la coopération européenne. Car, en Grèce, il n’est plus seulement question d’austérité, de récession, ni même d’économie, mais des conditions de la survie d’un peuple.

Le défaut de paiement de la Grèce n’apaisera pas les tensions financières en Europe. Si il n'ya pas de solidarité entre les européens, d’autres pays seraient amenés à subir à moyen terme le sort que nous aurions accepté pour nos amis grecs, le Portugal, l’Irlande, l’Espagne et l’Italie en tête. 

Aucun pays ne doit se sentir à l’abri. De grandes banques françaises, détentrices de titres grecs, pourraient peut etre aussi se trouver en difficulté. Et nous ne pouvons non plus laisser affaiblir notre principale protection financière qu’est l’Euro. Il est probable que, sans l’Euro, la France et bien d’autres pays européens auraient été confrontés après 2008 à une crise spéculative majeure sur leurs monnaies isolées.
 

Enfin, la zone Euro est aujourd’hui un pôle d’équilibre mondial entre des États-Unis incertains et d’autres grands pays. Tolérer le défaut de paiement de la Grèce, c’est plonger le monde dans une crise bien plus grave qu’en 2008.

 

Notre soutien à la Grèce est donc une exigence de solidarité entre peuples, mais aussi un soutien à nous-mêmes, à nos emplois. Chaque européen devrait se dire : les aider, c’est nous aider.

Au lieu de cela, nous assistons à un concours d’atermoiements entre dirigeants de la zone Euro, majoritairement conservateurs : la réaction de l’Europe a été trop tardive, trop timide et trop brutale. La crise grecque aurait pu être tuée des le départ, aujourd’hui elle s’étend ! Au passage, en Grèce, c’est un gouvernement de droite qui a laissé les finances publiques se dégrader et que c’est un gouvernement de gauche qui doit aujourd’hui tenter de relever le pays. La voix de la France n’est plus entendue. 


La situation est suffisamment grave. Nous devons dépasser les divergences de vue pour bâtir ensemble un plan de financement durable. Les solutions techniques existent, la volonté politique doit être à la hauteur de l’enjeu. 

 

L’Europe doit stopper les attaques spéculatives contre la Grèce en assurant le refinancement durable de sa dette à des taux d’intérêts plus bas que ceux aujourd’hui consentis. 
Les finances publiques doivent être assainies, les déficits et la dette réduites, c’est un devoir vis-à-vis des générations futures.  Ne nous y trompons pas, il n’est de redressement possible des comptes sans retour de la croissance. 

Des mesures d’urgence s’imposent pour contenir la contagion et permettre à la Grèce, ainsi qu’aux Etats en difficulté de se refinancer.
Il faut maintenir le rachat par la BCE de titres de dette souveraine des Etats attaqués, l'adoption, lors d’un sommet des chefs d’Etat et de gouvernement, d'un plan clair global, crédible parce s’inscrivant dans la durée. 

En matière monétaire, le temps d’une réelle gouvernance économique européenne partagée est venu. Elle doit se fondée sur le renforcement de l'Eurogroupe et la création d’un poste de Ministre de l’Economie de la zone euro.


Redonner droit à la parole politique, ce n’est pas livrer le monde économique à l’arbitraire des marchés financiers.  C’est briser la paralysie de l’Europe à un moment crucial de notre histoire. Comme les pères fondateurs, nous devons surmonter avec vigueur les susceptibilités entre gouvernements ou les rivalités entre nations. Pour dire fortement que ce ne sont pas les agences de notation qui doivent définir l’avenir des nations. L’Europe est adulte pour faire valoir ses décisions face aux marchés : encore faut-il qu’elle en prenne une...

 

Dans notre monde plus incertain, l’Europe nous protège. A condition de toujours la renforcer, ce qui suppose de la doter d’un nouveau projet et pas seulement de compliquer un peu plus ses procédures.

 

Nous devons aux peuples européens une Europe plus solide : plus solide parce que plus solidaire.